TEXTS
LeGaraage, Gaia Tourpe, 2026
Julia c’est le travail du womanhood, c’est la douceur et la sororité. Il suffit de la voir pour y croire, et de prêter un oeil attentif à son travail pour reconnaitre la justesse de son approche. Alors oui, hier c’était le 8 mars soit la journée internationale des droits de la femme mais à l’oeuvre tous les jours dans travail, Julia Aknin cherche à libérer la femme des diktats et normes sociales qui castrent les femmes.A l’aide de peinture, de pochoirs, de photos, de dessin, d’eau forte et de sérigraphie, Julia travaille la figure féminine et ce que les mythes autour des femmes disparues renferment. Lorsque j’ai essayé de comprendre ce que signifiait « missing girl » je lui ai demandé si on pouvait comparer la figure de cette femme qui disparait aux romans américains de John Green ou à la série qui avait tant fait parler 13 reasons why. C’est très américain, mais comme l’initiation à la sérigraphie pour Julia ou son intérêt pour le « coming of age », sujet qui a marqué son travail antérieur. C’était la fille, maintenant la femme qui intéresse Julia.
Pourquoi une femme qui disparait devient un mythe plus vivant que lorsqu’elle était encore là ?
Sa présence change, et les autres se permettent d’agrémenter sa figure la rendant ô-combien-femme. Elle était belle, te souviens-tu
de ses cheveux ? Elle avait les yeux doux, doux comme ceux d’une biche…
Il y a donc la réalité et ce qu’il reste de celle qui disparaît : cette dissonance est pierre angulaire du geste de Julia. En effaçant ces traits qui tendent à faire deviner le caractère et jouant avec les contours d’une forme, l’artiste interroge habilement celui qui observe et qui infère des qualités à la silhouette restante. Que reste-t-il de la silhouette féminine et que pouvons nous en faire ? Jouant avec les formes, le travail de Julia conjugue absence, présence, fantasme et réalités dans un ensemble très harmonieux… et militant !
Juliette Jacobs, 2024
Julia fait partie de ces artistes dont le travail ne se contente pas de plaire, mais également d'intriguer. Se borner à décrire les qualités esthétiques de ses œuvres sans en aborder les paradoxes reviendrait à en ignorer la richesse. L’approche artistique de Julia est directe, presque journalistique. Julia s’intéresse à des sujets sensibles, intimes, voire invisibles. Elle s’accroche à des détails et inspirations qui relèvent presque de l'anodin pour en révéler les saveurs. Dans ses recherches et expérimentations, elle se montre directe et assurée, confiante et sûre d'elle, sans pour autant négliger l'importance de la délicatesse et de l'empathie dans la sensibilité des sujets qu’elle traite. C'est là que réside le premier paradoxe de Julia : une force d'esprit, une détermination et une grande vivacité coexistant avec une grande douceur et humanité. Et cela transparaît clairement dans ses toiles. Des sujets intimes et audacieux, des couleurs criardes sur des yeux bandés, des traits francs sur des peaux adoucies. Une autre improbabilité tout aussi touchante : le moodboard de Julia est un véritable patchwork de photos, peintures, collages et phrases semblant incompréhensible. Mais une fois plongé dans son carnet de dessin, tout s’éclaire. Tout ce chaos prend soudainement sens. Comment des détails excessifs lorsqu'ils sont isolés parviennent à paraître si justes une fois assemblés dans un tout harmonieux ?
Dans son atelier de peinture, avec sa salopette tachée et son maquillage minutieux, Julia a peint le passé de 2010. Autant se demander de quel passé il s’agit puisque nous ne faisons qu’en vivre le crépuscule. Puis, lorsqu’on découvre ses toiles, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un passé, mais de notre passé.Un passé qui, dans une certaine forme de déni, paraissait presque oublié. Ces toiles racontent nos heures passées à essayer différents fards à paupières bon marché devant le miroir grossissant et mal éclairé de maman. Les répétitions de photos que nous avons prises de nos fesses, car si on les montre sur internet, peut-être que les garçons les chercheront moins sous nos jupes. Ce sont les duckfaces de bouches encore vierges, les selfies aux formats carrés tellement mis en scène qu'ils perdent leur aspect vintage. Ce sont de toutes petites moustaches dessinées sur de tout petits doigts (Il faut bien s’attarder à mettre des choses sur nos mains puisque le vernis à paillettes est interdit à l’école). Et ces tout petits doigts qui font des grands « va te faire foutre » aux garçons et aux vieux qui nous disent que ce n'est pas en rattachant tout à notre image que nous pourrons nous libérer de nos chaînes. Mais notre image, c'est tout ce qui les intéresse, et c’est tout ce qu’on peut faire semblant d’avoir.
Alors nous la manipulons pour mieux nous l’approprier, nous la partageons, nous la likons. Puis nous grandissons, et le rose devient moins bonbon. Les chansons sont de moins en moins fortes dans nos écouteurs de plus en plus légers. Puis nous contemplons les peintures de Julia, et nous nous rappelons que nos réflexions d'adolescentes ne se sont jamais perdues. Ce n’est pas car elles sont plus résilientes qu'elles se sont envolées.Les peintures de Julia nous disent qu’il n’y a rien de mal à oublié qu’on a tout ignoré, mais que quand même, on en a eu sacrément envie, d’être de vraies femmes sur de vrais écrans.